Club de parapente en Ariège
En vol depuis environ une heure, nous surveillons tous les nuages depuis le début car des prévisions orageuses étaient annoncées. Les nuages, au début morcelés, commençaient à souder ensemble mais les conditions restaient saines (je venais d’ailleurs de l’annoncer en radio, avec hauteur de plafond). Quelques mètres et minutes plus loin, je passe sous une base nuageuse bien plus active, en vol droit. En quelques secondes, la cinquantaine de mètres me séparant du plafond est franchie et je vois le nuage m’entourer, avec un fort taux de montée. Je me savais verticale à un relief, faire des 360 pour perdre rapidement de l’altitude ne me semblait pas adapté. Je fais donc les oreilles, mais le taux de chute est quasi inexistant, et la masse d’air assez chaotique, beaucoup de roulis à contrer à la sellette. J’avale donc plus de longueur de suspente pour augmenter la taille des oreilles, en regardant la voile car c’est la première fois que je réalise des oreilles si grandes sous celle-ci. Le résultat ne se fait pas attendre : quelques secondes en essayant de stabiliser, et perte intégrale de la portance, je me sens partir sur le dos, le vario sonne une forte dégueulante. La voile est en décrochage, et j’ai le mauvais réflexe de mettre bras hauts, alors qu’il aurait été possible de tenir un phase de marche arrière pour revenir en vol de façon contrôlée (si j’avais identifié le décro dès le début). Le bras hauts est suivi d’une violente abattée aérodynamique de la voile qui cherche à revoler, dissymétrique puisqu’avec un timing subi et non provoqué. J’attends le moment opportun du shoot pour faire une grosse tempo et déplace mon poids du corps pour contrer le début de twist induit par l’abattée oblique. La mésaventure m’a sortie du nuage, dès le retour en vol droit je quitte la zone en accélérant pour m’éloigner de l’ascendance du nuage et reprends mon cheminement. Après le vol, j’ai pris le temps de lire le manuel de la voile (qu’il aurait fallu parcourir un peu plus attentivement plus tôt) : il est clairement déconseillé de faire les grandes oreilles en conditions turbulentes, le décrochage est quasi inévitable. Sans avoir travaillé au préalable les décrochages en SIV sous des voiles différentes, je n’aurais peut-être pas su identifier les éléments caractéristiques (chute sur le dos, grosse abattée) pour pouvoir réagir et continuer ensuite le vol dans le calme.
En résumé :
– Vol trop proche d’un nuage actif
– Voile peu connue, manœuvre non réalisée au préalable
– Forte contrainte sur la voile pour perdre de l’altitude sans compenser l’angle d’incidence
– Dénouement sain car situation déjà provoquée dans un cadre d’exercice encadré
Conseils à tirer de cette expérience :
Agrandir les marges si l’on est proche de nuages avec une forte activité;
Prendre connaissance du manuel d’une voile, et réaliser différentes manœuvres avec en aérologie calme (dans ce cas précis, pousser l’accélérateur aurait stabilisé l’aile et éloigné le point de décrochage);
Faire régulièrement des SIV pour se familiariser avec les sorties du domaine de vol, de façon encadrée;
Nourrir une bibliothèque d’expériences pour comprendre les situations vécues (à mes yeux, c’est en grande partie l’incompréhension de ce que l’on vit qui engendre la peur).