SIV gratos
Contexte et Environnement
Description de l'incident
Fermeture au déco
Environ deux secondes après le départ, survenue d’une fermeture asymétrique à 50 %.
Réaction immédiate avec un contre bien appuyé (sellette + commande) pour maintenir le cap et m’éloigner du relief.
La voile se remet bien après quelques secondes (3 ou 4 secondes ?)
Transition vers l’atterrissage
Vol turbulent en direction de l’atterro, en tentant d’exploiter les thermiques rencontrés.
Malheureusement, ils étaient trop désorganisés pour être réellement centrés.
Résultat : perte d’altitude dans les dégueulantes.
Décision tactique
Cap modifié vers un terrain de secours : trop contré et trop bas pour rejoindre l’atterro officiel.
Utilisation de l’accélérateur pour avancer.
Incident en finale
Nouvelle fermeture asymétrique à basse altitude (environ 50 m sol), dans une zone turbulente au-dessus d’un village aux maisons serrées (sans espaces dégagés permettant un atterrissage sécurisant).
Perte d’altitude supplémentaire.
Réaction rapide avec un contre adapté (sellette + commande légère).
Atterrissage
Posé de justesse dans un champ de secours.
Avant le vol
En arrivant sur le site, depuis ma voiture, j’ai aperçu des pilotes évoluer au-dessus du déco. Pressé de voler, je n’ai pas pris le temps d’observer attentivement les conditions : impossible de savoir si ça “bougeait” beaucoup, ou si les pilotes étaient simplement scotchés.
Je n’ai pas suffisamment pris en compte le fait que plusieurs d’entre eux se dirigeaient déjà vers l’atterro, signe probable que l’aérologie n’était pas ou plus favorable. Dans ma tête, j’ai rationalisé en me disant qu’il s’agissait sûrement d’élèves ou que les ascendances étaient simplement épuisées.
Gestion de la hauteur
Je n’ai pas gardé une marge de sécurité suffisante (finesse atterro), d’autant plus que le site m’était totalement inconnu et que l’atterrissage officiel n’était pas visible depuis le déco, ce qui représentait un vrai manque de repères.
Sans une décision rapide de changer d’objectif, j’aurais pu finir dans des lignes câblées situées avant l’atterro officiel.
Décision et incidents
J’ai donc modifié ma trajectoire vers un terrain de secours.
Pour y parvenir, j’ai utilisé l’accélérateur. Cette action a probablement favorisé, voire déclenché, une deuxième fermeture. Mais sans accélération, je risquais fortement de me poser dans un arbre ou sur une maison.
Réactions en vol
Mes contres ont été efficaces, en grande partie grâce à un SIV réalisé quelques années plus tôt. Cela m’a permis de :
- garder le cap dès le déco (éviter l’autorotation ou le retour à la pente),
- rester suffisamment calme pour gérer l’ensemble de la situation,
- contrôler la deuxième fermeture avant d’atteindre le terrain de secours.
Secours
L’idée d’utiliser le parachute de secours ne m’est pas venue sur le moment : les fermetures ont été rapidement maîtrisées et la priorité était de rester concentré sur le pilotage.
Découverte de site
Dans un contexte de premier vol sur un site inconnu, il est essentiel d’être particulièrement vigilant et de limiter les facteurs d’engagement. Avant même de monter au déco, puis une fois sur place, il est nécessaire de prendre le temps d’observer :
- l’environnement,
- les conditions aérologiques,
- et le comportement des autres pilotes.
Observation manquée
Avant de décoller, si j’avais consulté les données de la balise locale, j’aurais constaté que le vent avait forci. Cela m’aurait probablement alerté et expliqué pourquoi les autres pilotes n’étaient pas restés en l’air. Avec ce recul, j’aurais peut-être choisi de renoncer au vol.
Formation et réflexes
Je recommande vivement de suivre un stage SIV : cela permet d’acquérir des réflexes solides pour gérer les fermetures les plus courantes et rester lucide en situation dégradée.
Préparation au secours
Lors de ce vol, je n’ai pas eu à utiliser mon parachute de secours. Cependant, au quotidien, je pense qu’il est utile de répéter régulièrement le geste de la main vers la poignée, comme une simulation. Cet automatisme peut faire gagner de précieuses secondes et améliorer l’efficacité en cas de situation réelle nécessitant son utilisation.

Merci Manu pour ce récit très instructif. Surprise dès le déco, attention maximale requise, c’est le propre du parapente, mais heureusement tu avais les ressources pour gérer la suite.
Merci beaucoup Eric pour ton retour 🙂
Oui, grosse surprise dès le déco, ça rappelle à quel point il faut rester attentif dès les premières secondes de vol. Heureusement que le SIV et un peu d’expérience m’ont permis de garder la lucidité nécessaire pour gérer la suite. Content si ce récit peut être utile à d’autres !
Merci du partage ! C’est vrai qu’on pense toujours aux fermetures quand on prospecte les thermiques, mais rarement sur ces deux phases critiques que sont déco et atterro. Bravo pour les bons gestes, mais surtout merci d’avoir pris le temps de partager.
C’est clair, déco et atterro sont trop souvent sous-estimés. Ce témoignage nous rappelle qu’il faut rester attentif du début à la fin !